Les Pyrénées, le retour

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Bourrask
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Les Pyrénées, le retour

Message par Bourrask » ven. 31 août 2018 22:15

Salut,
Comme tout le monde le sait nous sommes repartis dans les Pyrénées cet été. Pour conserver le souvenir de cette mémorable virée je vais vous livrer un CR de notre voyage. A vrai dire j'aurais bien avoué "tenter" d'aller au bout mais parait-il qu'il faut faire ou ne pas faire, essayer serait prohibé :cote:
Ainsi soit-il.


Entre nous 4, le titre c'est Tuono Cup 2018. Ça vaut ce que ça vaut mais ça nous fait rire et puis ça résume bien la situation.
Sinon j'avais pensé à:
#Encore plus de Pyrénées
#Les Pyrénéens #Les boules de pétanques offrez les dans les couilles !
#Viva Cataluna ! #No habla espanol en Cataluna…
#Dans la peau de John Malko-Biké.
#4 garçons plein d'avenir avec Biké dans le rôle de Patrick Sébastien.
Et y'en aurait plein d'autres.

#On s'en bat les couilles.
Au final c'est celui là que je retiendrai. ::d




Vendredi 10 aout 2018, 11h30, Lachassagne
(#juste après Anse et la montée avec les deux épingles en enfilade droite-gauche y'a un raccourci pour l'éviter mais je le prends jamais).

Le triangle rouge s'éclaire sur le tableau de bord accompagné de son acolyte SERVICE sur l'écran à cristaux liquide. Je les déteste ces deux là !
Mais je connais la blague.
Si les meilleures sont les plus courtes, après trois coupures de contact et autant de redémarrages du moteur, les deux compères me font toujours la nique. Sans succès je réitère l'opération deux fois de plus pour être sûr.
« Qu'ai-je fais de mal ou mal fait ? » Pour l'instant je cause calmement à ma brêle même si on a tout juste parcouru 30 bornes et pas encore atteint le point de départ…ça chauffe un peu.
« Tu as été révisée il y a moins de 1000 bornes, ton train de pneus est neuf, ce voyage tu l'attends tout autant que moi, et fait inhabituel, et, grande courtoise de ma part, je t'ai lavée pour l'occasion. Alors qu’est-ce que tu me casses les couilles ? » Rapidement le ton monte.

Résigné je passe un coup de fil à Jean pour l'informer de mes déboires.
- « Peut-être je vais rentrer chez moi pour prendre le V2, lui changer les pneus dans l'après midi et vous rejoindre demain.
- Viens. On va voir ce qu’on peut faire. »


Soit.
Les 15-20 minutes suivantes vont sonner l'apparition des premières voix.
Ce pictogramme rouge est-il un signal ou un signe ?
La machine essaie-t-elle de communiquer avec moi par le biais de son seul système de communication archaique et limité (DARYL c'était le futur dans les années 80)? Simple ampoule grillée ou fusion du moteur c’est le même avertissement. Il n'y a pas de priorisation de l'information et c'est bien regrettable. Alors j’imagine des trucs. Une voix de fantôme surgie des profondeurs d’outre tombe : « Ne pars pas… ne pars pas… » Le ton enseveli sous 20 clopes grillées.

Je gagne néanmoins Fleurieu. Et je suis le premier !
Y'en a un il bosse encore ou tout juste et l'autre il a pas pris le bon train ou tout comme.

A peine arrivé, Jean sort sa caisse à outils de secours et très vite ma moto se retrouve éparpillée au pied de l'escalier menant à la terrasse où poussent les fleurs du mal. Une larme scintille du coin de mon œil droit, le verdict tombe rapidement.

- « C'est le moteur de valve d’échappement qui est cassé. Une panne courante. »
Moi je croyais que le zizzz zizzz à l’initialisation c’était le bruit de la pompe à essence…mais j’y connais rien en mécanique. J’avoue qu'un petit « contacteur de béquille HS » m'aurait bien satisfait.
- « Maintenant que l'on connaît la cause il n'y a plus à s'inquiéter.
- Pardi ! Mais va falloir me virer le voyant rouge du tableau de bord. Sinon ça ne va pas être possible ! »
En plus je suis exigeant.

Entre temps nos deux compères seront arrivés, j'aurai téléphoné à toutes les concessions Aprilia sur notre trajet en quête de la pièce défectueuse en vain, appris le montant de la dite pièce avec regret et par la même fait le deuil d'un remplacement dans un futur immédiat.
Egalement j'aurai appelé Dafy pour un éventuel changement de pneus pour le V2 dans l'après midi même, mais l'opération semblera impossible. Ainsi pas de regret ou d'hésitation.
Je note qu'aucun de mes compagnons de voyage n'aura eu l'outrecuidance de formuler la moindre remarque quant à la fiabilité de ma moto ; le même sort pouvant s'abattre à tout moment sur l'un ou l'autre des trois Tuono restants.

- « Regarde mon œuvre ! » Comme Jean semble m'y inviter.
Je note qu'il n'y a plus une vis parterre, déjà c'est beau. Et celle là sur l'établi? J'exagère…
Un morceau de scotch noir recouvre le récalcitrant voyant rouge désormais invisible.
- « Merci Jean ! »
C'est tout ce qu'il me fallait.


Le départ.

Image
On a déjà perdu un litre de flotte corporelle avant même de partir.


Jean se charge de nous ouvrir la route pour regagner le Pilat. A brûle pour point je n'ai pas la tête à la navigation, mes pensées tournent en rond : « si tu ne reviens pas sache que je t’aurai prévenu ». Ce n'est pas bon de se laisser envahir par la pensée à moto. Tu te déconcentres, tu ralentis, le drame est si vite arrivé !

Soudain le GPS de Jean nous invite à nous pencher sur l'étymologie du terme « carrossable » et plus particulièrement sur son association contextuellement usitée de « route carrossable ». Déjà bien occupé par mon introspection sur l'origine de mes croyances et superstitions dans la pratique de la moto autant vous dire que la somme des sujets de fond à aborder dans un laps de temps si court me paraissait bien ardue.
La solution : on s'en bat les couilles !
Alors gaz sur le chemin de 1,5m de large avec l'herbe qui pousse au milieu, les marches de 30 cm en sous-bois, le gravier, la terre éparpillée ça et là, et j’en passe.

D'un coup ça va mieux, le cerveau est débranché, juste connecté sur une seule tache, réception et interprétation de l'environnement instantané pour réaction adéquate immédiate.

Ensuite Jean me parachute en zone méconnue, genre vas-y démerde toi, trouve la route.
A l'instar des cafouillages de son gps je dois opérer un reboot de mon système de navigation interne, c'est à dire retrouver un check point connu pour pouvoir lancer la boucle. Bref je suis un peu perdu.
Peut-être ai-je effectué une manœuvre un peu large pour gagner la piste de décollage, suivi d’un court demi tour, ceci-dit une nouvelle voix s'invite dans mon casque à peine étouffée par le barouf du moteur, le casque et les bouchons d’oreille, et pas même la distance de trois motos. Cette voix ne provient pas ma tête, j'en suis sûr. Et elle me fait sourire d’emblée. # Dans la peau de John Malko-Biké !
Parce que désormais j'ai un point de repère, dans 10 minutes les choses sérieuses vont commencer.

Rive de Gier - Bourg Argental – Tence – St Agrève – Le Cheylard – Mezilhac.
Un tracé idéal pour du rodage de pneus et une thérapeutique remise en conditions.
L'hôtel des Cévennes est ainsi rallié en fin d’après midi.

Apéro !
Seb commande un rhum. A la fin de cette semaine il sera devenu alcoolique et drogué mais ça il ne le sait pas encore.
Le diner et les digestifs avalés il est déjà temps d’aller se coucher.
Au moment précis de se séparer pour regagner chacun sa chambre une révélation terrible me glace les os, un oubli impardonnable me revient subitement en mémoire, le plancher tremble sous mes pieds, la foudre et le tonnerre éventrent la bâtisse: j’ai oublié ma flasque de whisky !

Comment pourrons-nous accomplir notre pèlerinage sans notre boisson liturgique? Quel tragique destin nous attend? Biké reviendra-t-il sain et sauf ?
Modifié en dernier par Bourrask le ven. 7 sept. 2018 23:08, modifié 1 fois.

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Bourrask » sam. 1 sept. 2018 17:30

Je continue mes conneries ::d

Samedi 11 aout 2018

L'itinéraire du jour :
https://goo.gl/maps/9XDkW6xrn1E2


Nous nous retrouvons à 8h30 pour le petit déjeuner avec comme objectif un rendez-vous à 9h au garage et un départ dans la foulée. On essaie de s'améliorer sur le timing.
L'année dernière chaque journée était un contre la montre, nous avions à peine le temps de jeter armes et bagages à l'arrivée pour la douche et l'apéro avant le diner, alors cette année nous décollerons plus tôt le matin. Ceci dit y'en a un qui n'a peut-être pas bien intégré l'objectif…
Aussi on modifie le RB initial pour emprunter les gorges de la Jonte avant notre étape finale du jour à Dourbies.

A 9h15 les moteurs s'ébrouent enfin. L'hôtel des Cévennes planté au carrefour d'une multitude de possibilités on prend à gauche pour changer. La D16 jusqu'à Sainte Eulalie nous permettra de rejoindre le premier tracé triple + de notre périple et le col de la Croix de Bauzon.
D'emblée la journée s'inscrit sous de bons augures, la température est un peu fraîche, le soleil radieux, les virages présents dès les premiers hectomètres. Pourtant au bout de quelques minutes un phare manque à l'appel dans le rétro. Seb et moi nous arrêtons alors que Jean effectue un demi-tour. Une intersection manquée ? Un tout droit ? Je prends les paris avec Seb. Dans le doute nous effectuons la même manœuvre que Jean quelques minutes plus tôt et retrouvons nos compères 500 mètres en amont arrêtés sur le bord de la route.
La terrible révélation de la veille si elle n'aura pas eu d'incidence sur le continuum espace temps aura néanmoins provoqué quelques dommages collatéraux. Le maudit triangle rouge vient de s'éclairer sur le tableau de bord de Biké.
Tu veux du scotch noir ?

Un petit « on s'en bat les couilles » plus tard et nous voilà reparti pour le prochain ravitaillement en essence. Je vise les pompes juxtaposées au camping de Jaujac. Ce trip est en passe de devenir un véritable pèlerinage, j'ai toutes les stations services du coin en tête, pas besoin de smartphone connecté.
Biké reconnaît les lieux avec entrain, on ne la lui fait plus et la malédiction du triangle rouge s'est envolée. Pendant ce temps là Seb immortalise les lieux. D'ailleurs par la suite il photographiera méticuleusement chaque ravitaillement fidèlement à l'idée lancée au départ. C'est ça une bonne équipe ! Il y a ceux qui lancent des idées à la con en picolant et ceux qui vont au bout des choses.

Maintenant gaz pour la Croix de Bauzon !
La montée démarre au pied de la station, c'est le premier vrai manège du trip et à ce moment je me rends compte que je suis véritablement en vacances. Définitivement il n'y a aucune malédiction en cours. Avoir les moyens et le temps de réaliser un périple de plus de 3000 bornes avec des potes, sur des spots de folie et des motos de dingues taillées pour le virage, c'est une chance incroyable ! Alors on se doit de l'apprécier à sa plus juste valeur. Et ce n'est que le début d'un trip qui nous mènera aux portes du paradis de la moto, ni plus ni moins, là bas dans les Pyrénées.
Je ne me souviens plus mais certainement qu'on est monté en mode attaque. Quatre V4 hurlants depuis les gorges jusqu'au sommet, on devait nous entendre arriver de loin. Et souvent je me ferai cette réflexion au cours du voyage, surtout à l'approche des voitures s'écartant immédiatement à notre contact ; on doit produire un bordel acoustique pas possible.

S'installe ainsi une certaine routine, spéciale sur spéciale avec très peu de temps morts, on dirait presque un job. Et qu'est-il de plus commun avec le travail ? L'amélioration. Il faut faire des photos. Alors je prends des engagements auprès de Biké.

Quelques encablures avant Villefort, un caisseux en Golf GTI ? Ou Mégane RS ? Ou 308 GT ? Bref une de ces BAR insignifiantes un peu sportive nous incite à de la petite arsouille sur le beau bitume en descente. Poli et très joueur pas nature j'accepte l'invitation lancée en bonne et due forme.
Le conducteur ne se révèlera pas très bon, la poursuite sans intérêt, alors à l'approche du point de vue panoramique sur le lac de Villefort j'opterai pour le premier arrêt photo de la journée. Vois-tu Biké tous les sacrifices que je consens pour toi ?
Le caisseux aurait été bon plutôt mourir que de s'arrêter, hein.


Image

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Une petite séance photo pendant laquelle j'évoquerai une planche de Reiser.
Celle d'un couple demandant à une tierce personne de les prendre en photo devant une fontaine. Evidemment Reiser oblige, le couple finit en levrette dans la fontaine et l'appareil est volé contre rançon. Un truc comme ça.
Je pensais que cette anecdote les dégouterai des prises de vues, mais non !



Nous repartons par la route du mont Lozère.
Nouvel arrêt photo pour tenir (encore) quelques promesses.

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Image

Plus loin nous déjeunerons au Pont de Montvert dans la salle intérieure d'un resto situé en bordure du cours d’eau.

Nous reprenons la route en direction de Florac et son étape certifiée en ravitaillement.
Ensuite on tire sur la D16 qui part du centre de la bourgade avec son tracé en pointillés rouge et blanc sur la carte Michelin. Comprendre épingles serrées et revêtement pas terrible. Quelques automobiles et autre chicanes mobiles devant nous une voiture s'extraie avec force du trafic momentané. Je ne reconnais pas le véhicule mais de loin on dirait une voiture de course issue de Tokyo Drift. Ca clignote direct « jeu » dans ma petite tête ; suivi d'un « pas tout de suite ». Dans l'immédiat il y a trop de monde sur cette route pourrie. Le plaisir de la chasse est de laisser partir la proie. Attendre son heure pour jouer avec elle tout en lui laissant un espoir d’échappatoire, pour finalement l'enserrer au dernier moment toutes griffes dehors. Je ne suis pas psychopathe seulement très joueur. Surtout une voiture de sport peut se révéler être un gibier beaucoup plus sportif à chasser qu’une moto.

On remonte un peu plus loin sur notre proie. De plus près je distingue trois ou quatre sorties d’échappement en partie centrale, un aileron arrière, et le moteur a l'air de marcher, rien à voir avec la Ford Escort GTI mazout du père Jacky. Seb nous apprendra plus tard que c'était une Honda Civic type R.
Sur le plateau des Causses Méjean et ses paysages irradiés par cette lumière jaune caractéristique, le ruban se veut roulant, le bitume incertain et gravillonné, cependant la chasse se terminera à des vitesses largement prohibées. Sur un ruban propre et bien sinueux cela aurait pu être plus fun. Ici le conducteur aurait dû nous mettre la misère, mais il s'écartera pour nous laisser passer non sans avoir lutter. En même temps on veut bien le comprendre avec quatre V4 hurlants au cul! C'est le seul prétendant qui aura voulu jouer avec nous durant tout notre voyage. Souvent par la suite je m'avouerai ne jamais vouloir nous croiser.

Nous redescendons enfin sur les gorges du Tarn pour les 10 kilomètres nous séparant du Rozier et des gorges de la Jonte notre objectif du jour. Les routes de gorges sont celles que je préfère je peux le dire. Un relief pas trop prononcé, des virages en enfilades et quand le bitume est parfait et déserté comme c'est le cas ici, le kif est assuré. Meyrueis atteint rapidement nous faisons une halte sur la passerelle ombragée d'un bar enjambant la Jonte.

Image

Il est 17h-18h, nous repartons pour un spot local encore ! Décidemment ce job est fatiguant.
30 bornes de virages incessants nous mèneront non loin du sommet du Mont Aigoual jusqu'à la bifurcation pour la toute petite départementale qui conduit à Dourbies notre étape pour la nuit.
Cette fois nous resterons raisonnables sur ce tracé à la qualité de revêtement changeante, on verra le prochain coup…

Nous sommes accueillis à l'hôtel par Francis Cabrel en personne ou presque. En tout cas son oeuvre intégrale est jouée en boucle sur la sono de la salle de séjour. Je crois que le son du V4, valve ouverte en grand continuellement, me fatigue moins.

Heureusement Seb et/ou Biké (faut étudier les possibilités) ont gagné les faveurs de la cuisinière de l'hôtel qui consentira à changer de disque.
Johnny ça vous irait ?

Après le repas et une excursion sur la place du village où se tient LE concert de l'année nous finirons la soirée sur la terrasse de l'hôtel un Whisky/Rhum en main à contempler un ciel noir limpide ponctué d’étoiles scintillantes. Et de satellites aussi. Et de lumières rouges balisant une piste d'atterrissage pour ovnis extraterrestres dans les montagnes.
En cette Nuit des étoiles, seul Seb aura observé un astre filant et prononcé son vœu : se taper la cuisinière édentée.
J’imagine.

Et ça continue encore et encore, c'est que le début d'accord d'accord…
Modifié en dernier par Bourrask le mar. 11 sept. 2018 00:30, modifié 2 fois.

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Ninouille » lun. 3 sept. 2018 11:40

comme dab avec quention un CR au top.

Supens ultime les deux autres tuonos subiront il la malédiction du triangle?

Biket va il se bourrer? Faire un malaise? Mourir de vieillesse?

Hate de lire la suite.
Image La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale.
Plus on meurt jeune plus on est mort longtemps.

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Bourrask » mar. 4 sept. 2018 00:39

Dimanche 12 aout 2018

Le RB :
https://goo.gl/maps/Pch7fMr3QZq


Que j'apprécie cette petite excitation matinale d'avant départ !
Comme les jours précédents nous quittons la table du petit déjeuner la sentence officiellement prononcée : « A 9h on est sur les motos ! ».
Elle pourrait se traduire officieusement par « le dernier arrivé est un boulet ».

Il est 8h40, il me reste 20 minutes pour : remonter dans la chambre (30’’), boucler mon sac (4’), enfiler la combinaison et les bottes (8’), régler la chambre (5’?), fixer mon sac sur la selle (5’), graisser la chaine…
Merde déjà 22’30’’ ! Ca va être chaud.
C'est ce à quoi je pense en fumant ma première clope du matin en compagnie de Biké.
Je l'écrase à moitié grillée dans le cendrier.
« C'est trop tôt pour moi, elle est dégueulasse… A tout de suite Biké, tu peux prendre ton temps y'a pas le feu, on est en vacances. »

A 8h57 je dévale l'escalier menant à l'accueil, le lourd sac de selle dans une main, la sacoche de réservoir et le casque dans l'autre. Je suis déjà en nage mais tout va bien. Je contourne un groupe de clients hagards présents dans le hall, et m'approche du comptoir ; la note est prête, Seb et Jean sont déjà passés régler leur part.
Biké ? Impossible qu'il me rattrape avec le groupe ici présent. Mais j'aurai peut-être du bloquer la porte du petit hall d'entrée commun à nos deux chambres pour être sûr…

A 9h10 les bagages sont arrimés sur la moto, je vais enfin pouvoir fumer une clope tranquillement en savourant l'arrivée de Biké.
« Bah alors qu'est-ce que tu fous, c'est toujours toi qu’on attend pour partir ! Tu sais ce que ça veut dire de respecter un horaire? »

Nous démarrons la journée à l'endroit où nous l'avions laissé la veille sur cette minuscule départementale qui serpente le long des gorges de la Dourbie. Hier si le revêtement de la route semblait pourri, la portion de 20 bornes à venir elle est recouverte de gravier et invite plutôt à la contemplation.
Quelle sensation unique de ressentir cette quiétude improbable au milieu de paysages sublimes et sauvages. Aidés par un silence profond, l'air frais du matin et les doux rayons de soleil favorisent l'apaisement du corps et de l'esprit. Ce spectacle rare et étranger à nos turpitudes urbaines nous arrache littéralement à notre quotidien et invoque la paix, tout simplement.

Nan mais LOL ! Ca m’évoque plutôt ceci:

https://youtu.be/UBEabGgUBYk


Moi j'attends avec impatience les nombreux tracés annotés double et triple ++ de la journée et leur bitume tout noir. Alors, gravier ou pas, gaz pour s'arracher au plus vite de ce merdier et rejoindre, via une courte liaison faite de départementales désertes, le premier spot. Et d'après la carte Michelin il est tout aussi poétique: Le Cirque du Bout du Monde. Là on ne nous servira pas la Comtesse de Ségur mais plutôt du Bukowski !

Gavage ! Tout de suite après c'est le deuxième temps fort et la montée de course de cote depuis Lodève. Un véritable circuit taillé dans la montagne avec sa triple épingle à droite dont la dernière est totalement à l'aveugle. Une particularité de cette route qu'il suffit d'avoir vécu une seule fois pour la graver en mémoire à jamais. Quand tu ne vois plus la route et que tu crois que c'en est fini de tourner, jette la moto à droite!

Passée une courte liaison toujours sur départementale, puisque contrairement à Jean Yanne je ne roule jamais sur nationale, nous voilà arrivés à St Pons de Thomières et son départ pour un tracé annoté simple +.
Je l'aime bien. La route est large, le bitume impeccable, tous les virages se passent à vue sans surprise, c'est du rapide très facile. Alors on gaze. Au sommet du col je sais que l'on devine la Méditerranée à l"horizon au niveau de la dernière parabolique. L'année passée on avait filé. Etant donné mes engagements et qu'ensuite le tracé a peu d’intérêt, je décide de nous stopper. Pour Biké dirai-je.

Image

Le temps de prendre quelques photos et de griller 2-3 clopes (hein !), le groupe de motards aperçu à la station située au départ du spot nous rejoindra non sans nous avoir gratifié d’un aller-retour dans la grande parabolique où nous avons pris nos quartiers. Avec le genou parterre puisque c'est la mode désormais, surtout chez les jeunes.
La jeune horde sauvage s'arrête à nos cotés et l'on comprend que ce doit être le Saint Martin en Haut du coin. Très sympa l'échange est convivial. Mais comment dire ? Cette impression de regarder des chiens se renifler le cul, en l'occurrence les nôtres, je trouve ça bizarre.
Si vous voulez on repart tous ensemble pour un aller retour et on voit qui gagne ? Me titille une voix insidieuse qui repart aussi vite qu’arrivée.

- « Et vous allez où ?
- Les Pyrénées espagnoles.
- La Costa Brava ?
- Non, les petites routes désertes on préfère. »

On ne leur parle pas de Jean Yanne évidemment.

Image

De franches salutations échangées nous voilà repartis pour l'aventure, vers l'infini et au delà !
Vingt bornes plus loin nous nous arrêtons pour le déjeuner sur la place centrale et ombragée de Lézignan-Corbières.
Dans un salon de thé.
Ouais ils sont comme ça les motards. Ils boivent de l'eau, mangent des paninis et des glaces arrosées de crème chantilly.

Ensuite nous reprenons la route des pays cathares qui traverse un relief de collines et de monts revêtus d'une végétation aride. A chaque fois c'est la même image qui me revient en tête, je m'imagine la vie qui pouvait régner ici au temps des chevaliers, mon esprit divague ensuite vers Don Quichotte et Sancho Panza…Je voudrais voir des moulins à vent de partout!

Plus loin, à Lagrasse, débute une étroite route longeant un cours d’eau faite de bosses et de trous qui m'évoque également le médiéval, l'âne ou le mulet je ne saurais dire.

Au bout du chemin, nous bifurquons à droite après avoir parlé géographie avec de sympathiques autochtones allongés paisiblement dans leur jardin, et reconnaissants que nous coupâmes nos moteurs durant ce laps de temps.
C'est qu’ils doivent en entendre passer des motos devant leur maison située au pied du col du Paradis (nom véridique et double +). Nous repartons en trombe comme il se doit.

Ensuite Couiza, Quillan et son radar. On décidera plus tard d’un code à établir pour la bonne communication de l'information ; un langage simple à base de signes évoquant cercle et doigt tendu.

Enfin, sur le plateau de Sault, quelques gouttes de pluie nous accompagnent comme pour annoncer notre venue à Ax Les Thermes non loin de nous désormais.
Quelques dizaines de minutes plus tard les motos sont devant le garage de l'hôtel.
A peine le temps de s'abriter sous la terrasse couverte de l'établissement et c'est une franche averse qui sonne notre arrivée. C'est ça un plan qui se déroule sans accroc !

Image

La gérante de l'hôtel a pris un coup de vieux, trente ans au bas mot, mais l'agréable brasserie d'en face est toujours là et on pose les bagages pour cinq jours.
La soirée nous permettra de réciter la liturgie classique en entier : apéro, resto, digeo, casino, dodo.

Pyrénées nous voilà !
Modifié en dernier par Bourrask le ven. 7 sept. 2018 23:10, modifié 1 fois.

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Vince... » mar. 4 sept. 2018 09:08

Toujours sympa à lire tes CR
Vince...
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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Bourrask » jeu. 6 sept. 2018 00:34

Lundi 13 aout 2018


RB :
https://goo.gl/maps/ELrUtE62tZH2


Les Pyrénées nous attendront finalement une journée de plus.

Ce matin le ciel est gris et bas. Les sommets alentours submergés par une épaisse brume sont invisibles. Pire, les prévisions météo annonçant des averses à partir de la fin de matinée nous laissent peu d'espoir d’amélioration. La pluie, à l'encontre de notre plaisir, arrive.

Mais moi j’ai une combinaison de pluie.

Ouais, parce que y'en a qui parte en trip moto d'une dizaine de jours avec juste rien! Pas même un k-way décathlon à déchirer lors de la première bourrasque venue.
OK moi j’ai une surcharge de 15 kilos sur la selle arrière qui fait rigoler les autres avec leur sac à dos de 15 litres, mais le mien c'est un vrai canot de sauvetage. Comme dans la navigation maritime c'est un élément de premier secours dont on espère ne jamais avoir l'utilité mais qui peut être décisif en cas de naufrage.


J'énumère la liste des éléments pour les étourdis qui m'accompagnaient; pour la prochaine édition.
Normalement tu viens au moins avec la bite et le couteau comme on dit! Biké lui il vient juste avec sa beuhère!

- En numéro un, la flasque. De whisky de préférence. Ok je l'ai oubliée cette fois et on a pas fini d'en subir les conséquence. Si t'as vraiment rien d'autre avec toi elle te permettra d'effacer momentanément ta déconvenue en attendant les secours.
C'est un serum. Tu guéris tout seul. La moto avec si tu as pris le modèle d'un demi litre.
Option Deluxe : la couverture de survie. Prévient de l'hypothermie et accessoirement permet de dormir en attendant la dépanneuse.

- En n°2, le scotch. Comme on a pu le voir avant, tu ne répares pas grand chose avec le ruban adhésif mais tu traites l'aspect psychologique des choses. Très important.

- La graisse à chaîne. Tu fais de la moto je te rappelle.

- De l'huile moteur. Tu roules en italienne je te rappelle.

- Un kit anti crevaison. Joker possible, tu changes le train de pneus.

- Des outils. Jeu de clefs BTR, Leatherman, etc. Des outils à fournir à Jean pour qu'il bricole ta moto puisque toi tu sais pas faire.
Option Deluxe : la clef pour desserrer l'axe de roue arrière non fournie avec la moto (merci Aprilia), des fois que t'aurais besoin de retendre la chaine. Comme tes pneus ne durent pas plus de 2500 bornes c'est le mécano qui s'en charge en général.

- Des leviers de rechange au cas où la moto tombe toute seule.
Exemple : Tu es devant la porte du garage de l'hôtel, la pluie tombe à grosse gouttes et la porte télécommandée à distance depuis l'accueil ne s'ouvre pas d'elle même. Très vite tu perds patience, rien de plus normal. Alors tu sautes brusquement de ta moto pour mettre sa race à l'hôtelière et patatra ta moto se retrouve parterre...

- On pourrait rajouter un câble d’embrayage, un moteur de valve d'échappement, un optique de phare complet, un alternateur, une selle garnie en gel, un réglage de suspension et une vidange de fourche, etc. Mais là on emmènerait plus Biké et ça c'est juste pas possible !

Concernant le poste humain chacun déterminera ce dont il a besoin et d'autres plus intelligents se feront livrer un colis avec tout le ravitaillement nécessaire au camp de base.


Aujourd’hui la météo s'annonce pourrie. Heureusement il y a le câble et Eurosport sur toutes les télés de l'hôtel.
Nous décidons après le petit déjeuner de réaliser un atelier lessive à la main pendant la rediffusion du GP moto de la veille. RDV dans la chambre de Seb à 9h30 !

Perso les GP depuis que Rossi n'est plus en position de gagner je m'en bats les couilles. En vérité pas tant que ça, sait-on jamais tout espoir est permis, j'ai regardé les résultats la veille.
Alors pendant l'activité lessive (deux plongées pour trois essorages dans le petit lavabo de la salle de bains) entrecoupée de quatre coupures commerciales d'Europub, je demanderai lors du final de cette course à grand suspense : "Voulez-vous savoir qui l'emporte? C'est mon deuxième pilote préféré !"
Un peu plus je me faisais trucider.

La rediffusion achevée il est temps de décider du reste de notre journée.
Un passage par le Pas de la Case était convenu. Et la quatrième dimension s'est ouverte à moi !
Si on prend le train de 11h42 depuis Ax les Thermes on arrive à 12h13 à Foix. A Foix on prend le bus de 13h17 jusqu'à Tarascon où à gauche on loue une voiture au Rent Car situé à 20 minutes à pied pour ensuite monter au Pas de la case. Aller-retour idem, à 21h30 on est rentré. Vous en pensez-quoi ?

« Moi j’ai une combinaison de pluie. »

Après les apéros et resto de midi, ce sera plutôt : « moi j'ai sieste ».

Nous passerons l'après midi à flâner dans les ruelles de la ville imprégnée de cette odeur de souffre de moins en moins supportable. L'après midi se dissipe ainsi entre la paix et l'odeur du pet (et une saloperie de serpent encore plus effrayant que la citée des vices d'Andorre)
Très vite vient l'heure de l'apéro fort heureusement. C'est qu'on bosse dur même sur nos temps de repos !

A l'heure du digestif arrive cette question : « on va où demain ? »

Je réfléchis au quatre road-book prévus depuis Ax les Thermes. Les seuls itinéraires préparés avant le départ. Les 1000 bornes jusqu'ici n'étaient que réminiscences, improvisations et essais. La journée Off de ce lundi nous aura permis, sans doute, de préserver les pneus pour la suite à venir. Le physique ne s'en plaindra pas non plus.
Cette fois-ci pas de hasard, pas de déception. Street View m’a aidé aussi. Passé Andorre et une partie roulante, le tracé entre Tremp et Ripoll devrait nous offrir 250 km de routes de folie, du double + au minimum tout du long et du quadriple + pour le final.

Le matin les qualifs. L'après midi la course.

« Demain on va en Espagne. »

PS:« Moi j’ai une combinaison de pluie, si vous ne le saviez pas. »

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Bourrask
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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Bourrask » mar. 11 sept. 2018 00:40

Mardi 14 aout 2018


RB :
https://goo.gl/maps/qLsKVY3d1Yp

The big day.

J'apprécie les petits plaisirs simples qui annoncent une belle journée de moto. Comme le concert de vocalises matinales que les moteurs entament les uns après les autres. Le spectre des sonorités s'étend de l'aigu au grave suivant le type de sourdine employée. Depuis sa rupture de valve mon instrument lui est sponsorisé par Massey Ferguson. Ses grondements m'évoquent un engin agricole voire un bateau de pêche maritime plus qu'autre chose…

Première enclenchée, gaz. Aujourd'hui nous visons la traversée d'Andorre sans un arrêt shopping au Pas de la Case reporté à plus tard. Ce sera le sud-ouest au plus direct vers les prometteuses petites routes de la carte.

La montée jusqu'en Andorre s'effectuera dans une atmosphère fraiche et humide accompagnée d'un brouillard qui s'épaissira à mesure de notre ascension pour disparaître comme par enchantement au passage de la frontière montagneuse. L'épreuve du bouchon automobile, habituel et étendu sur plusieurs kilomètres avant le poste douanier, me laissera tout le temps de réaliser, une fois encore, que de telles conditions me semblent bien plus périlleuses qu'une arsouille sur route déserte.

La frontière rapidement franchie je retrouve ce sentiment particulier qui m'envahit à chaque fois. Cette impression de quitter le territoire connu, de s'extirper du quotidien. Ce n'est pas très loin. Pourtant le début d'une véritable aventure raisonne dans ma tête.
Je vais faire de la moto dans un pays qui n'est pas le mien, c'est génial !

Viendra ensuite la traversée de la province d'Andorre longue, ennuyeuse et ponctuée d’un grand nombre de radars. La technologie m'agaçant parfois (souvent ?) j'emploierai ici une méthode éprouvée et me fierai à un local pour nous ouvrir la route.

Soudain à l'occasion d'un rond point, Jean m'indique sa pressante envie de culture locale: « Faut qu’on s'arrête boire un café ! »
Alors nous faisons halte dans l'une des dernières stations essence particulièrement bien équipée située peu avant la frontière, pour se ravitailler en essence et se rafraichir. A la vue des portes de l'officine ici présente chez nos voisins catalans, je prendrai la pleine mesure de la politesse de Jean.

https://youtu.be/8bsXIpufoz0


La courtoisie française honorée, nous quittons la station et franchissons la douane espagnole quelques minutes après. Les premiers kilomètres envahis par un trafic routier certain laissent bientôt la place à un réseau déserté et une chaleur agréable à partir de la Seu d’Urgell. Comme l'année dernière le contraste est saisissant entre les deux contrées toutes proches. Enfin arrive la bifurcation pour le col del Canto après les 80 kilomètres inintéressants empruntés depuis le départ de l'hôtel. Place au jeu !

La route grimpe d'un coup et nous offre des points de vue magnifiques sur les reliefs de la Serra del Cardi. Dans le rétroviseur.
Pourquoi on s'arrêterait ? On vient de lancer le jeu!
La descente de l'autre coté du sommet est belle aussi. Plus loin s'ouvre à nous le Vall de La Noquera. Le tracé est large, la visibilité excellente, le bitume parfait et désert. Nous n'avons emprunté que très peu de roulant sinueux jusqu'alors, c'est agréable en conviendrai-je ici. D'autant que sur le territoire espagnol Waze annonce précisément la position des radars…parfois la technologie a du bon !

Les kilomètres s'enchainent ainsi jusqu'à Tremp et son lac d'un bleu turquoise splendide. Enfin j'imagine…
Un jour on fera ce trip en 125 et on en prendra le temps de s'arrêter pour tout photographier, c'est promis.
Nan, je déconne !
Faudrait le faire à vélo.

Image

Un peu plus loin on s'arrêtera quand même, non pas pour le tourisme mais pour soigner la turista de Jean. Quelques conseils avisés me viennent en tête mais devant une telle implication dans la découverte de la culture locale je n'ose les partager sur le moment :

https://youtu.be/1Klb9_oPS-g


Trêve de plaisanterie, cette fin de matinée marque le début d'une « spéciale » de quasiment 200 bornes depuis Tremp jusqu’à Ripoll. Un enchainement de virages sans temps mort avec juste ce qu'il faut de très courts bouts droits pour se reposer (très) brièvement sur un bitume parfait et déserté. Une déesse routière incarnée !
Dans ces cas là je ne me souviens de rien. Seulement de la symbiose entre le corps, la moto et la route inconnue. Dans ces rares moments, la moto est une drogue! Avec l'impression de voler ou de planer…Mais bon faudrait pas se rater dans le double gauche à flanc de précipice.
Ouais y'a quand même deux ou trois éclairs de lucidités qui émergent par moment…

Image

Image

On aurait pu continuer ainsi jusqu'à la panne sèche mais on décidera de s'arrêter vers 14 h pour déjeuner à l'heure espagnole.

Je ressens une immense déception en lisant la carte du restaurant.
Le menu est traduit en français et en anglais ! C'est quoi cette arnaque ? Où est-elle l'aventure culinaire ? Nous voudrions ne rien comprendre et rigoler en découvrant les plats mystères commandés. Aussi je réalise enfin qu'ici on ne parle pas l'Espagnol mais le Catalan ! C'est pour cette raison que je n'avais rien compris l'année dernière…Même les jours de la semaine sur le calendrier au dessus de notre table ne ressemblent en rien à l'Espagnol.

Rassasiés nous reprenons notre perfusion de drogue qui m'avait déjà un peu manqué.
A Berga c’est l'arrivée du gros shoot jusqu'à Ripoll. La route 4+, note maximale possible.
Une urgence, une overdose ? Appelez Vincent Vega !
Le trip sera à peine ralenti sur quelques kilomètres par une voiture de la brigade florale espagnole.
« Non mais la prochaine fois tu doubles et nous attend de voir si le gyrophare s'allume pour suivre. Au pire on ne te connaît pas. » C'est noté.

Image

Les bras tétanisés par les enchainements incessants de virages nous gagnons enfin Ripoll où nous effectuons un arrêt réhydratation obligatoire.

Déjà il est temps de regagner la France via un détour par La Molina et sa station de ski pour rallier Puigcerda et Bourg Madame. Enfin le col de Puymorens avec son tracé extra large de circuit de vitesse nous ramènera jusqu'à Ax.

Devant la porte du garage, j’ai comme l'impression que ma moto ressemble désormais à une épave. En plus du moteur de valve HS je m'aperçois que l'optique avant est cassée depuis l'intérieur et qu'une vis de carénage s'est faite la malle. On dirait la moto de Biké de l'année dernière !

Mais qu'importe. Cette virée tant attendue valait bien tous les sacrifices. Après advienne que pourra.
Car cette moto est une putain de drogue dure !

Ce que je ne devine pas encore c'est que le meilleur reste à venir.

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Message par Viper2003 » ven. 14 sept. 2018 20:44

j'ai déjà envie d'y retourner !!!!

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Bourrask » mar. 18 sept. 2018 01:12

Mercredi 15 aout 2018


RB :
https://goo.gl/maps/z8gJ5jvSiQp


https://youtu.be/B1c2ukdqxlw

Ce matin mes sous-vêtements étendus à sécher dans la chambre depuis deux jours sont enfin secs. Hourra !
Cela dit j'enfile la même sous combinaison que la veille, non lavée…parce qu'elle est super bien ! C'est l'Alpinestars Ride Tech Summer si vous voulez savoir. Judicieusement aérée, sans couture et sans fermeture éclair, elle s'enfile par le haut tel une grenouillère babygro. Confortable et respirante elle est très agréable à porter sous la combi cuir.
Voilà c'était le placement produit sur un médium de large diffusion pour récupérer quelques brouzoufs.
Je précise aussi que je suis ouvert à tout partenariat éventuel avec un marketeux de l'industrie du tabac, de l'alcool ou de la pétrochimie ; cela ne me poserait aucun souci d'ordre moral.

A 9h, comme tous les matins je retrouve ma bande de potes devant le garage. Enfin en partie. Jean et Seb d’abord. Ensuite comme tous les matins, à trois, nous attendons Biké.
En général quand il se pointe nous sommes équipés et prêts à partir, les chaines sont graissées et le matériel rangé; lui se roule une clope avec le sourire.
Oui ! Il sourit.
Sûrement savoure-t-il ces quelques minutes apaisantes avant le long supplice de la journée, ces derniers instants où un vestige de communication neuromusculaire semble encore traverser faiblement sa grande carcasse courbaturée de la veille.

Très vite le gaillard reprend ses esprits.
« Mais moi aussi il faut que je graisse ma chaine. Elle est où ta graisse Quentin ? Et t'as pensé à prendre de l'huile moteur j’espère.»

Comment te dire ? Ah si :

https://youtu.be/iGJgyuAu6eo

Mais on l'adore ! Alors le soir on encourage notre valeureux et méritant Biké à monter sur la plus haute marche du podium, à rentrer sa moto en premier dans le garage. Ainsi le lendemain on pourra sortir les nôtres sans le maudire pour ensuite se foutre gentiment de sa gueule. C'est ça, peut-être, l'esprit motard…

Avant le départ viendra le contrôle visuel de l'état des pneus, et pour certains l'opération consiste quasiment à opérer un toucher rectal de l'engin. Bref les pneus commencent à tirer la gueule. On évitera le comparatif Michelin versus Pirelli puisqu’on sait tous qui l'emportera.
Pour ma part j'en conclue qu'il devient nécessaire d'engager le mode enroulé pour espérer atteindre le terme du voyage sans passer par la case « changement de pneus ». Enroulé dynamique cela va sans dire. La souplesse à la remise des gaz n'excluant pas les entrées en courbe impromptues.

C'est bon, on peut y aller ?

Gaz pour Tarascon via la N20. Je n'avais pas réalisé sur la carte. Petite pensée à Jean Yanne, encore…C'est un vieux skecth, une vielle époque ; aujourd'hui la modernité. Seb nous ouvrira la route à la moindre alerte sur son smartphone et ce jusqu'aux portes du parc de la préhistoire ariègeois qui me fera m’interroger sur la véracité de notre continuum espace temps.

https://youtu.be/mfKl4exMvyU


A Tarascon nous bifurquons pour le col de Port. Ca tourne serré, y'a plus personne, on retrouve enfin notre routine quotidienne avec bonheur.
Une vingtaine de kilomètres plus loin le sommet et son point de vue panoramique sur les chaines montagneuses alentours est l'occasion de marquer le premier arrêt photo de la journée. Au même endroit que l'année dernière comme nous l'impose notre pèlerinage. Aussi la vue sur le pic d'Estibat et derrière lui la frontière espagnole est l'occasion de se remémorer certains moments historiques de la seconde guerre mondiale. La culture et son partage sont des valeurs qui cimentent notre groupe.

Image

Une version alternative peu probable.
J'ai envie de pisser depuis un quart d'heure mais s'arrêter au milieu de tous ces pif-paf, épingles et enfilades serait un sacrilège qui reviendrait à tuer la montée fantastique. En haut je me rappelle qu’il y a un parking, Biké sera content de prendre des photos je suppose.

Biké : « Oh Quentin tu pourrais te renouveler un peu, on s'est déjà arrêté ici l'année dernière. »
Moi : « Y'a qu’une seule route par ici. Et la descente comme la montée est terrible. On ne s'arrêtera pas. »
Seb : « Qu'est-ce qu'on se fait chier ici ? Ces paysages dégueulasses, ce ciel bleu et ces lignes droites à perte de vue ! Hein, pourquoi ? Bordel De Merde ! »
Jean : « On s'en bat les couilles ?
Si on croise un groupe d'Allemands en 1200 GS on les défonce ! »
(ndlr - cette dernière phrase n'a pas été prononcée).

En vérité le sketch s'est étendu sur 10 minutes et presque je me serai pissé dessus !

Dans cette bonne ambiance nous enfourchons nos motos pour la fameuse descente qui nous amènera, tout en bas des reliefs, vers une route de gorges totalement jouissive entre Massat et Oust. Double + !

Image

A Oust deux éventualités s'offrent à nous. Soit on tire tout droit jusqu'à Seix ; soit on fait le tour de la montagne et on arrive par derrière (sic).
Je décide de la temporalité des évènements, je suis comme ça... Nous n'irons pas en Espagne comme le road book initial le prévoyait, personne n'ayant l'envie d'achever la journée par la traversée d'Andorre. La journée restera française en totalité. Et puis le coup de la boucle de 50 bornes dans un rayon de 5 kilomètres, je l'adore! Si ça se trouve ils ne comprendront pas.

Finalement je n'aurai plus aucun secret pour mes compagnons de route. Tous auront compris la supercherie avant même la fin de la boucle. A l'avenir il faudra trouver de nouveaux stratagèmes.

Vers midi quelque part sur le col de Mente, vient l'heure de la pause déjeuner. Pour une fois on s'arrête tôt, pour une fois j'innove. Bah oui je pense à Biké, moi, comme toujours !

Et là c'est le drame. Ou bienvenue au Groland !

Un reportage détaillé pourrait s'étaler sur deux pages tellement matière il y aurait à décrire. Finalement ce souvenir n'ayant globalement que peu d'importance je me contenterai des punchlines du sketch qui nous a été joué.
Je passe ainsi l'apéro commandé et servi 20 minutes plus tard alors que nous sommes à ce moment les seuls clients ; la carte présentée sur papier A5 lignes quadrillées avec menu unique à 20€ à régler en espèces uniquement; le «J'ai de la cote de porc aussi, mais il ne m'en reste qu'une » ; le panneau parking « Ferrari only » ; le couple arrivé après nous qui attendra lui aussi un quart d'heure sa commande de boisson ; tout comme les malheureux trois autres clients suivants…

Alors en numero uno / on est là depuis 45 minutes / le patron nous interroge :
« Je voulais savoir si vous vous vouliez manger maintenant, parce que moi je suis prêt ».
On espère qu'il parle du service. L'unique entrée, une assiette de charcuterie, arrivera 10 minutes après.
C'est pas mal mais on devine que c'est juste l'introduction.

Number two / High level.
A ce moment il n'y a que nous quatre, un couple arrive. A l'intérieur une douzaine de tables est dressée et autant de possibilités sont offertes sur la terrasse où nous déjeunons.
Le patron l'air grave s'adresse à ses nouveaux clients :
« Pour boire un coup c'est possible. Pour déjeuner il ne reste plus grand chose à la carte. On va voir ce que l'on peut faire… mais je ne vous cache pas que cela va être compliqué. On va faire le maximum. »
Là on a bien envie d’applaudir.

Numéro trois, LA blague. LA vanne du spectacle.
La femme du patron propose les desserts, le dessert. Un crumble de pommes comme choix unique vanté avec la formule magique :
« Vous ne le regretterez pas ! ».
Direct le ton employé m'a fait pensé à ça, vraiment :

https://youtu.be/UK-XrKAjvnQ

La « chose » présentée n'est qu'un amas indescriptible littéralement jeté dans ce qui s'apparente plus à une sous-coupe de tasse à café qu'autre chose.
On laissera à Jean le soin d'assurer, seul, le rôle d'Antonin.

15h. La chute. Le clou du spectacle. J’ai nommé l'addition !
On aimerait discuter le décompte des quatre menus complets pour seulement une entrée, quatre plats et un dessert. Peut-être aussi obtenir une facture avec le cachet en bonne et due forme de l'établissement.
Alors la matrone nous sert sa ruse la mieux ourdie :
« Vous avez raison. Mais j'ai oublié de vous compter les cafés. »
Et ça va couter plus cher ?

Bordel que j'eusse aimé foutre le feu à son établissement avec ma flasque de whisky et lui tatouer le front de l'infâme triangle rouge !
Au final, éconduit mais affranchi de notre dette on se casse enfin. Alléluia !

Pourtant à peine quelques kilomètres parcourus et je suis comme touché par une malédiction.
Les cartes me trahissent. La lecture des parchemins (ouais ma carte est annotée, pliée et repliée comme du papyrus, d'où la métaphore avec l'Egypte, le médiéval, Pulp Fiction et Marcelus Wallace https://youtu.be/A6zqu_9Sb7w, parce que toutes ces conneries sont liées) habituellement facile me devient obscure et me ramène inéluctablement à notre point de départ comme par enchantement.
Putain de sorcière ! On retourne là bas et on brûle tout !

Au lieu de cela je sacrifierai mon âme sur l'autel de la technologie.
Alors j’appellerai à l'aide Seb et son GPS.
« Je ne trouve pas la route de Fronsac, faut que tu m'aides avec ton smartphone »
Une pensée m'accompagne en même temps: Non mais sans déconner, on y retourne et on brûle toute la famille de cette tepu.

Comme par magie le sort qui condamnait la route de Fronsac s'envola avec l'aide du mage que les autres nommaient « Waze ».
Je ne le connaissais pas ce Waze mais déjà je ne l'aimais point, sans doute était-ce un a priori mal fondé, comme tous les a priori....

Mais je lui ai quand même mis sa race à leur Waze. Avec ma carte Michelin. Autant pour les pneus je vote Pirelli voire Dunlop autant pour les cartes et les guides culinaires je reconnais qu'il n'est pas mauvais le bibendum.
Depuis la dernière bourgade du coin au nom imprononçable « Sèngouagnet » jusqu'à Girons j’engagerai le mode tout droit sur la carte. Départementale perdue, chemin gravillonné ou route vicinale de 1,5 mètres de large tout y est passé pour rejoindre au plus court notre destination.
Alors où est-t-il votre « Waaaazzze » ?

Une dizaine de bornes avant Girons nous bifurquons sur la nationale. C'est aussi ça le jeu du tout doit, le tracé au plus court.
Sur cette courte liaison insipide, la malédiction aura pourtant frappé encore. Cette fois-ci une automobile. Autant dire qu’on « s'en bat les couilles ». Sauf peut-être des deux charmantes demoiselles au teint halé et à la jupe courte. La valise sur roulettes en main, les yeux hagards emplis de l'air perdu du touriste loin de chez lui faisant face à l'imprévu, le regard trahissant un « mais qu’est-ce que je fous là ? »
Et on se le demande à la vue de cette scène improbable. Malgré la dépanneuse et le déploiement de gendarmes leur voiture reste à moitié immergée dans l'étang jouxtant la ligne droite de cette cuvette dessinée par la route.

Quel enseignement tirer de cette expérience?

A – La nationale c'est le mal. Comme maintes fois nous l'avons déjà démontré.
B – La voiture va beaucoup moins bien marcher qu'avant.
C – On s'en bat les couilles ? Ne faudrait-il pas porter un «vrai» secours à ces charmantes demoiselles?
D – La réponse D.

La conscience chacun pour soi, la route du retour vers Ax nous appelle.
Et aussi le bis repetita de la route de gorges du matin, en sens inverse cette fois ci.

Rond point du départ, une garnison de gendarmes à pied s'affaire à la circulation. La ligne de départ franchie, c'est gaz !
Deux bornes plus loin une estafette de la gendarmerie nous bouchonne. Evidemment me revient en mémoire le conseil de la veille de mes fidèles amis : « Non mais la prochaine fois tu doubles et nous on attend de voir si le gyrophare s'allume pour suivre. Au pire on ne te connaît pas. »

Au moment même de sonner l'assaut la voiture bleue s'exfiltre sur un aléa de la route. Je suis presque déçu.
Plus loin Seb nous affranchira de la situation.
« Les bleus se sont écartés pour nous laisser passer. Et t'as vu la blondine gendarmette au rond point nous faire de grands coucous ? »
Non mais vas chier avec ton Waze et tes amis! Putain de vendu de capitaliste de merde !!!!

La route de gorges à peine gâchée par les copains de Seb nous conduira néanmoins jusqu'à Biert.

Ici s'engage le début d'une routaille comme on en fait peu.
Cinq bons centimètres de graviers jetés sur la route sans bitume dessous parce que sinon « ça grip encore trop », et ça coute cher… La DDE locale doit avoir le même slogan que le notre: « on s'en bat les couilles.» De toute façon y’a jamais personne qui passe par ici.

Image

Malgré les pièges tendus et les kilomètres d’épais graviers nous arriverons à rallier le sommet du col de Crouzette, sains et saufs. Biké un quart d’heure après nous cela va sans dire.
En tout cas c'est ce que nous lui avons affirmé.

Image

La descente se fera sur un revêtement sans encombre jusqu'à Foix, pour rejoindre la nationale jusqu'à Tarascon puis Ax.
Les trois excités qui m'accompagnent n'ont pas du bien comprendre Jean Yanne… La nationale ce n'est pas fait pour rouler à plus de 200 normalement.
Leur pote Waze est de la partie aussi.

En fait je commence à l'aimer. Un tout petit peu.
Mais promis juré, demain, je lui mets définitivement sa race à ce gros bâtard.
Modifié en dernier par Bourrask le dim. 7 oct. 2018 18:48, modifié 3 fois.

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Viper2003 » mar. 18 sept. 2018 10:30

Ah ah ah .... hihihihi..... niarf niarf....
Ce qu'il ya de bien avec un bo CR comme ça c'est que c'est comme si je repartais une deuxième fois !!!!!
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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Vince... » mer. 19 sept. 2018 14:06

C'est vraiment plaisant à lire comme CR

Un vrai littéraire ce quantin
Vince...
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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Ninouille » sam. 22 sept. 2018 01:11

:mdr3: Comment ça donne envie de rouler avec eux dommage que je me traine :mdr3:
Image La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale.
Plus on meurt jeune plus on est mort longtemps.

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Bourrask » mer. 26 sept. 2018 01:38

Jeudi 16 aout 2018


RB :
https://goo.gl/maps/w59KnWCAQaR2



https://youtu.be/ZLlLtSG7xe4


I wanna be sedated.
Le clip illustre à merveille mon état au petit déjeuner.
Surtout les paroles m'évoquent Biké. Je le vois et cette chanson raisonne dans ma tête. Je l'entends et je pense à lui. C'est SON thème musical ! Comme dans les films de DC quand le super héros fait son entrée à l'écran.
Dans notre cas ce doit être le Dark Knight Returns de Franck Miller. Le bonhomme a du vécu, le costume aussi. Peut-être la délocalisation de l'intrigue sur le vieux continent modifie la perception. Ici l'horizon est parsemé de sommets montagneux, pas de gratte-ciels. Pourtant non loin s'érige une cité à la mesure de notre héros.
Ses combats contre des super vilains comme Miss Gravette, Big Stone et autre Vicious Corner lui ont laissé quelques stigmates même si à chaque fois il s'en est relevé victorieux.
Alors après toutes ces aventures SuperBiké aurait certainement besoin d’un nouveau costume.

Ainsi ce matin nous prenons la route pour l'Amérique des comics. Là où le béton reprend pleinement ses droits sur une nature aveuglante, où les lumières des panneaux publicitaires éclipsent le soleil, où les moteurs des automobiles, engluées dans un acte processionnaire, tournent au ralenti en exultant le carbone, la promesse d’un paradis bon marché à la clef.



Le Pas de la Case ou une certaine vision de l'enfer.

https://youtu.be/Y3k5atJ7kh0


Nos impératifs mercantiles effectués, SuperBiké rééquipé de pied en cape (nan je déconne, seulement le collant sous la cuirasse démolie fût remplacé) nous quittons enfin ce sommet des vices pour des contrées moins touristiques sans avoir céder, je le précise, à la tentation du cancer et de la cirrhose à moitié prix.
De l'autre coté de la frontière nous attend notre véritable mission: combattre une armée de virages et faire triompher la ligue des Tuono (rien que ça, ouais).

Le premier champ de bataille espagnol nous est connu. La mythique route 4+. Reconquise deux jours auparavant comme lors de notre campagne précédente. Aujourd'hui nous marquerons le territoire et établirons les frontières, et peut-être même un poste avancé hospitalier si Biké usait à nouveau de son terrible et légendaire super pouvoir communément surnommé The Fall.

Pour l'heure il est temps de s’engouffrer dans le Tube. Un artifice routier qui nous permettra de rejoindre les alentours de Berga, à 88 miles à l'heure au moins. Au sortir de cette brèche de l'espace temps, facturée 20 € chacun, ce n'est pas le Doc qui nous attend mais une descente au tracé extra large comme piste d'atterrissage vers une vallée aride aux allures de décor de western.

De prime abord il est vrai ça glisse un peu, mais il n'y a pas d’indiens c'est déjà ça!
D'aucuns diront que la route était verglacée en ce mois d’août…sans doute sensibles au décalage temporel voire sujet au syndrome de la gonzitude. Que mes acolytes changent de genre cela ne me dérangerait pas outre mesure mais une inquiétude me taraude les méninges: vont-ils se transformer en mouche ?

https://youtu.be/h_U4Y2kaN5w


Enfin arrive Berga et la même route que mardi dernier, sans voiture de la brigade florale cette fois.
Quarante kilomètres de droite-gauche-droite. Quarante kilomètres qui en paraissent le double tant le tracé est saturé en virages. La reco précédente, si elle ne nous a pas permis de mémoriser ce graal routier, nous en a dévoilé quelques pièges et nous incite à remettre encore un jeton dans la machine. Alors gaz ! Vers l'infini et au delà. Ou en mode Rammstein à fond dans le casque pour Seb.

Enfin c'est ce qu’il nous affirme écouter. Mais je sais très bien quel haka le motive en réalité :

https://youtu.be/-l3EGGfxIz0


A mi conquête du Graal, j'avais prévu de bifurquer sur une départementale en direction du sud pour explorer de nouveaux territoires. Pourtant tout du long j'aurai ce dilemme dans un coin de l'esprit : poursuivre l'extase de la route 4+ jusqu'au bout une deuxième fois ou bien mener une nouvelle quête vers d'incertaines contrées.
Le carrefour des possibilités à vue j'opterai vaillamment pour l'aventure. Une décision à peine soufflée par mon physique quelque peu entamé par ce tracé infernal.

D'un coup nous sommes aspirés dans un vortex invisible jusqu'alors. Malgré les quelques passages effectués dans les environs il était resté tapi dans l'ombre, attendant patiemment que son champ gravitationnel nous attire dans son cœur piégeux. A ce moment précis nous tombons dans un trou noir.
Entre Rocatrencada et Alpens d'après la carte la liaison est courte. Ici le temps et l'espace sont distordus, la matière compactée à l'extrême. Aucun semblant de ligne droite, les virages s'enchainent à l'infini dans une densité incroyable, le sentiment prononcé que les distances sont multipliées par quatre et le temps ralenti de la même façon.
Quand on sortira d'ici notre époque aura évolué sans nous ! Les Aliens dirigeront le monde avec leur technologie avancée, les motos seront bardées d'électronique, la navigation sera assistée par Waze, la vitesse limitée à 80 km/h, et, peut-être même aurai-je un IPhone…

La traversée du trou noir fut éprouvante physiquement mais l'extase provoquée grandiose, amenant avec elle la note ultime 5+ si l'on devait la qualifier. Alors que dire de cette nouvelle réalité du continuum espace temps en notre absence à part « on s'en bat les couilles » ?

Aussi une longue absence induit certains besoins.

https://youtu.be/YewcrxOQNvk


Pour assouvir d'autres obligations nous faisons halte dans un restaurant à Ripoll.
Le menu est en catalan, on ne comprend rien, c'est super !

Image
Crois-tu qu'un photographe parmi les baltringues qui m'accompagnaient aurait pu prendre de vraies photos ?

Le chemin du retour vers la frontière nous conduira d'abord vers un nouveau spot local, une découverte encore. A chaque fois par ici on en prend pour quarante bornes minimum ! Le début sera poussiéreux, l'adhérence quelque peu précaire, mais la fin digne des meilleures impressions de ce voyage.
Ensuite en sens inverse du matin la route pour le tunnel avec toujours les mêmes effets sur les systèmes APRC. J'en conclurai que l'électronique doit avoir un impact direct sur le changement de genre des pilotes.

Enfin Bourg Madame est à l'horizon. La sensation de retrouver la chère patrie est aussi émouvante que celle de partir à l'inconnu. Cette impression du territoire familier, d'être presque chez toi alors qu'en fait tu en es loin, je l'aime beaucoup.

On est bientôt arrivé les gars ! Seulement 1000 bornes de virolos et on est rentré à la maison, alors maintenant on peut mettre gaz en grand!

Et fuck les statistiques qui avancent que les accidents routiers ont lieu très majoritairement dans un rayon de 80 kilomètres autour de chez soi. On ne roule pas dans ce cercle, rien ne peut nous arriver !
Sauf si SuperBiké use de son super pouvoir, on est d’accord…
Une précision concernant les roulages frontaliers: en territoire étranger on a le droit de rouler vite parce qu'on est Français. Là bas les limitations sont faites pour les autochtones. Coté français de la frontière on a le droit de rouler vite parce qu'on est chez nous, les limitations sont faites pour les touristes étrangers. Cette règle j'y crois dur comme fer.


Font-Romeu Odeillo-Via, c'est en France ou en Espagne ?
On s'en bat les couilles !
L'horizon me confirme que nous sommes bien en France avec tous ces nuages noirs accrochés aux sommets montagneux, la pluie comme promesse.
Mais là y'a pas moyen ! Ma combinaison de pluie est restée à Ax.
Alors vient le moment opportun d'user de mon super pouvoir. Et celui-ci n'est pas d'accomplir une boucle de 100 bornes juste avant le retour à l'hôtel alors que l'on pourrait terminer l'étape en à peine 20, on est d’accord.

Oh précieuse carte, dis moi quelle direction suivre.

Alors j'interroge les massifs alentours, détermine la direction du vent et la pression atmosphérique à l'aide de mon seul index, calcule les probabilités et les chances de réussite. Mon super cerveau analyse tous les scénarios possibles.

Alors ? Je le mets pas définitivement minable l'infâme Waze ?

En vérité je fais comme Rahan avec son coutelas, le hasard décide pour moi.
Quand mes compagnons m'interrogent je leur réponds d'un air assuré le doigt pointé vers le premier sommet aperçu (c'est le plus important l'assurance): « On va par là ! »
De toute façon il n'y a qu’une seule route possible désormais.
Ca je ne leur avoue pas.

Convaincus nous repartons pour le col des Harès (est-ce un signe ?) jusqu'à Quérigut où nous poursuivrons notre route en direction d'Ax par une route à chèvres.

Le col de Pailhères.

Image
Cette photo provient de mes archives. 2006. Des baltringues je vous dis.


A l'instar du col descendu moteurs coupés dans le brouillard l'année dernière, celui-ci nous rappellera de grands moments de routaille perdue.
Le tracé relativement large au départ s'étrécit à mesure que la montée s'accentue et que le nombre d'épingles augmente. A chaque fois plus rapprochées les unes des autres elles auront mis à rude épreuve l'embrayage de nos motos.
Qui osera affirmer avoir passer la seconde ? La première était déjà compliquée…
Aussi on apprendra plus tard le thème musical de Jean, trahi par sa Go Pro à fredonner cet air :

https://youtu.be/0J2QdDbelmY

L'alunissage au sommet des 2001 mètres du col s'effectue vers 18h30 heure locale. Le plafond est bas, la couverture nuageuse épaisse mais la pluie est absente. Mission accomplie. Notre odyssée de l'espace s'achève.

Image

Image

Ces photos ont été prises par moi. Voyez à quelle bassesse je dois me soumettre.


La présence de quelques équidés nous indique que nous sommes bien de retour sur Terre. La définition de l'époque demeure incertaine. Nous les dépassons sans un bruit pour redémarrer plus loin les moteurs.
Aux pieds des reliefs la route de gorges sonne comme une invitation aux hurlements de V4.

Ce matin le meilleur des mondes était. Ce soir est-il toujours ?
Le Roc de la Vierge d'Ax les Thermes domine-t-il toujours les hauteurs ou est-il désormais enseveli sous le sable ?

Moi je veux des singes et des zombies à écraser. Bordel. De. Merde.

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Ninouille » jeu. 27 sept. 2018 15:59

Biquet il rend vraiment bien en noir et blanc est ce un signe?? :mdr3: :mdr3: :mdr3:
Image La culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale.
Plus on meurt jeune plus on est mort longtemps.

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Viper2003 » mer. 3 oct. 2018 15:26

Bravo... reste plus qu'un petit montage video pour mettre ça en images *-)

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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Bourrask » dim. 7 oct. 2018 19:06

Vendredi 17 aout 2018


Journée off.

La décision est prise à l'unanimité de laisser les motos aux garages aujourd'hui. D'une part la météo est médiocre et d'autre part l'état des pneus laisse planer l'incertitude quant à leur durée de vie restante.
Encore deux journées et 800 kilomètres environ, ça devrait le faire mais il ne faudra pas leur en demander plus.

https://youtu.be/N_k8lcqs7tE

Pour se consoler et parer aux éventuels regrets on picolera toute la journée !



Samedi 18 aout 2018


RB :
Matin :
https://goo.gl/maps/NQ7KPJVQmfC2

Après midi :
https://goo.gl/maps/eMUp6oDc2Ar


La fin de notre périple est proche
, une semaine complète s'est déjà écoulée. Aujourd'hui nous entamons la route du retour.

A 9h comme à notre habitude nous décollons. La température matinale est fraiche, la route partiellement humide mais le ciel est d'un bleu limpide. Nous rejoignons Quillan en empruntant une partie de la retour de l'aller en sens inverse avec les cols de Chioula, de Mamare, et des Sept Frères jusqu'au plateau de Sault. Ici le thermomètre remonte comme pour annoncer la descente des cols de Coudons et de Portel. La dernière portion menant aux portes de Quillan est un véritable appel au crime avec son large tracé tout en enfilades et son bitume parfait. Alors gaz !

Mais y'avait pas un radar qui prenait dans l'autre sens ? Donc dans notre sens cette fois-ci ! A l'aller je ne l'avais pas vu.

Et je ne le verrai pas non plus aujourd'hui…

Nan mais il où Waze ?
L'unique fois où j’aurais véritablement eu besoin de lui il n'était pas là ! Waze t'es qu’une baltringue !
A l'heure où j'écris ces lignes aucun courrier n'est arrivé dans ma boite à lettres. De toute façon il était difficile de réaliser de gros excès sur ce ruban qui serpente au milieu des reliefs surplombant la bourgade (ou alors revoir la vidéo des Nuls du vendredi). La prochaine fois on essaiera de passer plus vite pour étoffer la galerie de photos souvenirs de Biké.

Quillan conquis, la carte mène au col du Paradis annoté double + et déjà emprunté à l'aller. Les parages doivent évoquer quelques souvenirs à mes acolytes parce que derrière ça pousse au cul ! Même si je me serais volontiers laissé tenté par la route du Paradis nous l'abandonnerons à ses portes même pour l'enfer de la routaille.
Le quatrième road book que nous n'avons pas accompli devait être une journée spéciale routes à chèvres étendues entre le plateau de Lacamp au nord et le pic du Canigou plus au sud avec ses cols en pointillés rouge et blanc sur la carte. La faute à la météo ou à notre capital pneus dirons nous. Ca fera une bonne excuse pour revenir l'année prochaine.
En attendant je veux découvrir une partie des routes perdues de l'Aude et respirer cette poussière ocre rouge qui s'effrite de ses reliefs. A Arques on prend à gauche.

Débute alors une navigation toute en improvisation.
L'objectif est de traverser le plateau de Lacamp au plus court. Il n'est pas question d'exploration ou de quadrillage de zone, un simple aperçu des lieux suffira. En général à ce jeu là il faut toujours avoir un à deux coups d’avance sur les changements de direction pour conserver une conduite fluide.
Mais dès le premier je perds le nord.

Un néant d’anticipation sur une mer de possibilités conduit au naufrage.

A la deuxième intersection la carte me devient indéchiffrable, je suis à l'ouest.
Hors de question de sortir Waze de son cachot. Une seule possibilité en pareil cas, la solution des Anciens sans carte et sans boussole : tirer des bords. Une fois à gauche, une fois à droite, bon an mal an ça va tout droit.
De toute façon cela m'étonnerait que les trois autres aient compris que nous venions de pénétrer dans le triangle des Bermudes et sûrement doivent-ils s'extasier sur mon génie de la navigation.
Pourtant cette fois c'est un chant de sirènes qui nous dirigera dans une tempête de routes sinueuses oubliées. La boussole retrouvée, elles nous délaisseront comme des naufragés à l'entrée du col de Taurize, face à des gardiens aux allures de Centaures.

En fait une table en travers de la route avec trois pélos assis derrière…mais la mythologie en pâtit.

D'un simple geste interrogatif de la main la voie nous est ouverte, pas même besoin de tomber la première dans ce gauche serré, on continue sur notre lancée en espérant ne pas se retrouver nez à nez avec un peloton quel qu'il soit.
Quelques hectomètres plus loin et un panneau « demi tour » de compétition, on devine que la route ne sera désormais rien qu'à nous.

D'abord étroit et défoncé le ruban noir en sous bois, que l'on devine d’emblée peu emprunté, nous conduit rapidement vers une vue dégagée sur des paysages sauvages exaltant cette odeur si particulière du sud.
Ne faudrait-il pas s'arrêter pour immortaliser l'instant en photographie ?
De ces moments on ne peut pas en capturer la perception complète. Alors à quoi bon en posséder un pâle souvenir, qui très vite sera lointain, au détriment du déroulement des sensations instantanées qui restera, lui, plus profondément gravé ?

On s'en bat les couilles ?

De toute façon j'ai Seb au cul ! Les tergiversations sont courtes, alors gaz !

Au bout de la route on finira par regagner enfin un semblant de civilisation que l'on quittera aussitôt pour franchir la montagne d'Alaric puis la montagne Noire du Minervois qui nous séparent de St Pons de Thomières.

S'en suit un arrêt déjeuner sur la place de St Pons à l'ombre de ses platanes (y'en avait plus que quatre c'est vrai).
Jean profite de l'occasion pour téléphoner à tous les bouclards et autres grandes enseignes alentours dans l'espoir d'un changement express de son pneu arrière non loin de l'agonie. Un samedi 18 août la quête s'avèrera peine perdue.
C'est ici que l'on se rend compte de l'importance de la gestion du capital pneumatique. Si tu veux gagner la course il faut d’abord être en mesure de rallier la ligne d’arrivée.

Je vous laisse deviner la conclusion.

Allez, pour le plaisir: On s'en bat les couilles !

Et nous voilà déjà repartis pour Lamalou les Bains, point de départ de La Boucle Magique.
60 kilomètres que l'on finit par connaître mais qui s'avèrent toujours aussi grandioses.
Aux trois quarts de la « spéciale » nous sommes contraints, à Avène, de nous arrêter. L'intervention des pompiers qui obstrue la voie principale est l'occasion de se désaltérer, pour patienter.
Et quel meilleur endroit que la Cour des Miracles ?

On a du s'absenter plus longtemps que je ne l'imaginais durant notre voyage temporel en Espagne… Et on se s'était encore rendu compte de rien 28 2 jours plus tard.
Tout le monde a l'air malade, même les enfants, dans cette ville de cure.
On l'avait bien dit pourtant ! Quand on part à moto, on ne parle pas d'hospitalisation (sauf Biké qui ne craint rien) et on n'évoque pas même l'idée d'accident, ça porte le mauvais œil. Alors virez moi tous ces malades !
C’est de l'humour noir. La vision était un peu triste…

A choisir, aux morts vivants, je préfère le monde de Mad Max. Je suis l'Aigle de la Routeeee !!!!

En vérité je suis plutôt lièvre. Ou lapin. Mais je le vis bien.
Après le passage d’un cortège de mariage suivi d'une estafette de gendarmes, la voie libre, on s'arrache enfin.

Mode V8 Interceptor.

Avène – Lunas. Gros gavage.

La descente sur Lodève. Pas plus qu'à fond. La triple épingle est moins impressionnante en descente, la lecture de la route étant bien meilleure. J'aurais préféré éviter la surprise du genou gauche qui frotte alors que je ne déhanche pas vraiment et que je ne cherche pas du tout « à poser », mais bon c'était marrant.

Interlude à Lodève.
A la faveur du ravitaillement en essence, la malédiction du triangle rouge frappe de nouveau !
Cette fois Seb est la victime.
« Non mais c'est juste une ampoule de clignotant grillée. » Nous annonce-t-il rassuré.
Je n'irais pas dire que j'étais déçu, mais j'aurais bien dégainé mon rouleau de scotch noir je l'avoue.

Montée du Bout du Monde.
Gavage encore et encore, c'est que le début d'accord, d'accord. Soit disant Rammstein pour la bande son…Mais on connaît désormais les préférences des protagonistes.
Je crois qu'ici mon pneu avant rendra une partie de son âme.

St Maurice de Navacelles jusqu'au Vigan, une véritable planche du JBT : « T'attaquais toi ? »

La montée depuis le Vigan pour le Mont Aigoual, façon je donne tout. Le pneu avant aussi. A droite ça ne grippe plus du tout comme avant.
On avait pas parlé de gestion de capital pneu plus tôt ?
Le sommet avant la bifurcation pour Dourbies marque le dernier arrêt de la journée. Totalement déshydraté, j'ai bien envie d'affirmer à Seb « qu'on s'est bien trainé la teub pour monter » mais la soif est plus forte. Et puis il faut que je fume une clope ou deux aussi.

Dernier galop jusqu'à notre hôtel de Dourbies. Si la route nous avait paru incertaine quelques jours auparavant ce soir la vision dégradée par les rayons de soleil en pleine visière nous désinhibe complètement. Quand tu ne vois rien, c'est qu’il n'y a rien à voir. Un peu comme le scotch noir sur le voyant rouge. Et miracle on arrive à l'hôtel vivant !

https://youtu.be/I1EFYiVKcok


Après les apéros et le resto vient l'heure du digeo avec la projection des films de la Go Pro sur l'écran géant de l'hôtel.

Pour le prochain trip on partira tous avec une caméra c'est décidé. Les images filmées sont plus proches des sensations vécues, surtout il n'y aura plus aucune raison de s'arrêter autre que pour le plein d’essence.
Elle est pas belle la vie ?

Peut-être un plus encore pour Biké qui retrouve, après toutes ses aventures, sa cuisinière éperdue.

Comme dans les contes de fée ils se marièrent et vécurent heureux.

Ps : la modernité oblige ils avaient une Go Pro.


Suite et fin à venir très prochainement.

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Bourrask
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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Bourrask » dim. 7 oct. 2018 20:54

Dimanche 19 aout 2018


Bientôt il faudra revenir à la réalité. Aujourd’hui notre voyage prend fin.

D’ici peu les souvenirs prendront le relai sur le déroulement de cette petite aventure qui se termine. Une échappée du quotidien remplie de rigolades nombreuses, de sensations de conduite parfois incroyables, de routes à virages larges ou étroites, souvent désertes, de revêtements variés tout du long et régulièrement des portions véritablement dantesques. C'est la deuxième fois (en fait la troisième, mais la première date un peu) et définitivement ce périple pyrénéen surclasse largement tous les autres que j'ai pu faire. Avec très peu de routes de liaison et un trafic routier minime, ce trip est une véritable spéciale de 3000 bornes !
Comment faire mieux ?
En terme de qualité de routes je ne connais pas.
Chacun trouvera son compte là où il l'entend, personne ne peut avoir de vérité à asséner, cela dit le voyage dans les Pyrénées au départ de Lyon s'avère un trip d’enfer !
Et je pense qu'il mérite une trilogie.


De cette dernière journée, il n'y aura pas de long compte rendu des évènements ou des sensations, l'essentiel et plus encore ayant déjà été exprimé.


En fin de matinée au Pont de Monvert, le pneu arrière à l'agonie Jean nous arrêta subitement sur le bord de la route pour nous exposer sa décision : « Je vous abandonne ici et je rentre au plus court. Poursuivez comme bon vous semble».
Bel effort que l'on salua.
Mais point de baltringue parmi nous.
La question ne se posa même pas. Sans concertation la réponse fut unanime et le contraire eut été inconcevable.
« Nous sommes partis ensemble, nous rentrerons ensemble. »

Alors nous rentrâmes par la nationale.
Ce fût chiant. Mais, je l'avoue, rapide et reposant. A 17h nous étions rentrés.
Jean Yanne m'entends-tu ?



Le récit qui précédait, plein de conneries mais totalement véridique, est destiné à un public averti, un truc que seuls les motards peuvent comprendre. Mais quand tu dois le raconter à des personnes pour qui la moto ne signifie pas grand chose, c'est un peu différent.

Alors, pour finir un petit QCM non exhaustif de ce qu’il faut répondre aux questions d'usage pour briller ou pas en société le mercredi soir.


- 1/ C'est comment les Pyrénées ?
A - Pour le peu que j'ai aperçu c'est beau. Dans le rétroviseur l'image est toute petite aussi…difficile de se prononcer de manière définitive.
B - C'est gris-noir, comme le bitume.
C - C'est magnifique ! Coté français les reliefs sont pointus et verdoyants, coté espagnol les montagnes arides de couleur ocre jaune dégagent une impression de territoire sauvage à conquérir.
D – Qu'est-ce que le Beau ? Une plaque minéralogique c'est joli aussi ! Y'en avait trois devant moi toute la semaine, et ce cul de RSV4 je le kiffe autant que le 69!

- 2/ Vous faites quoi toute la journée ?
A – On roule. On se promène pépouze, on visite de nombreux lieux culturels, toussa.
B – On roule à donf.
C – On roule à donf et on écrase des enfants (espagnoles de préférence).
D – On roule à donf, on écrase des enfants et on contribue au rayonnement des valeurs de la France à l'étranger. Savoir vivre, élégance et politique étrangère. La légion d'honneur doit nous être décernée.

- 3/ Et le soir ?

A – On boit en regardant les étoiles.
B – On va au casino.
C – On se couche tôt après un repas léger sans alcool.
D – On boit, on va au casino, on va aux putes et après on se couche.

- 4/ Et vous avez pris plein de photos?.
A – J'ai perdu la carte mémoire que je n'avais pas insérée dans mon APN avant de partir.
B – Mais plein ! Parmi nous il y avait deux photographes dont un professionnel. L'agence Magnum n'a qu'à bien se tenir.
C – Aucune. Rien à secouer des 1497 photos de vacances qu'on ne regardera jamais.
D – Ne me demande pas de te les montrer je ne prends que des diapos.

- 5/ Comment faites-vous pour vous communiquer?
A – On s'en bat les couilles. Le matin on enfile le casque en se disant "à ce soir".
B – Par le langage corporel sur la moto voire la télépathie. Ou alors ça gueule tellement fort dans le casque que parfois on s'entend…
C – Aux arrêts. On a beaucoup rigolé !
D – On utilise le langage des signes comme dans la plongée sous-marine. Mais on ne connaît que deux signes éloquents.

- 6/ Aucune panne mécanique, aucun souci?
A – RAS, pas même le coup de la panne d'essence. Les italiennes ce n'est plus ce que c'était malheureusement.
B – Connais-tu la malédiction du triangle rouge ?
C – Seulement un train de pneus et deux-trois babioles.
D – Biké a eu mal de partout mais il n'est PAS tombé !

- 7/ En résumé c'était comment?
A – Alléluia je suis vivant!
B – Je suis ruiné.
C – Ma moto est ruinée.
D – C'était GENIAL !

Si tu as une majorité de réponses D tu t'appelles Biké.

Pour le reste on s'en bat les couilles.


PS: Pour moi le thème musical de ces quelques jours:
https://youtu.be/bKqpaWUFHdo

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Viper2003
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Re: Les Pyrénées, le retour

Message par Viper2003 » mar. 9 oct. 2018 09:07

1000 Merci pour ce beau récit ... et cette conclusion !
B
B
B
C
B
B
B
Amen

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